Harlequin-HQN



Cela fait plus d’un an que je collabore avec les Éditions Harlequin – HQN et je peux affirmer aujourd’hui que cela aura été une grande chance. Par conséquent, j’ai décidé de leur réserver une page entière sur ce blog après l’opération menée depuis le 20 février 2014.
En effet, si j’ai publié de nombreuses nouvelles érotiques avec cette maison, ils m’ont fait confiance et ont décidé d’éditer mes projets dans d’autres genres littéraires tels le polar, le fantastique, l’historique, le régional et le doc / fiction.
C’est aussi une merveilleuse rencontre, en la personne de Karine L., directrice éditoriale et responsable du projet qui a cru en mes textes, a fait preuve de patience et n’a pas hésité à m’apprendre le métier. Qu’elle en soit ici vivement remerciée ainsi que ma seconde éditrice, Sophie L., que je dérange très régulièrement ! C’est aussi tout le travail d’une équipe d’exception pour promouvoir les textes ou encore réaliser de très belles premières de couverture.
Pour rebondir sur cette opération et afin qu’il en demeure une trace sur ce blog, j’ai repris les différents éléments publiés par l’éditeur au fur et à mesure de l’opération. Les liens vers les articles originaux sont donnés après chaque section.
Bonne lecture ! 

Gilles Milo-Vacéri 

■ ■ ■ 


■ ■ ■ 

20 février 2014 – Portrait éditorial 


Gilles Milo-Vacéri ou l’imagination sans limites

Si vous suivez de près l’actualité d’HQN, vous avez dû noter le nom de Gilles Milo-Vacéri, un auteur présent dès le lancement, et qui revient très souvent dans nos publications. Si Gilles Milo-Vacéri s’est d’abord fait connaître chez HQN par ses nouvelles érotiques, il ne se limite pas à ce genre très particulier, loin s’en faut. Thriller, romance, roman historique : Gilles est à l’aise dans tous les genres. Sans surprise, puisque l’une de ses principales qualités d’auteur, c’est son imagination sans limites… 

Quand Gilles Milo-Vacéri nous a envoyé son premier manuscrit, un recueil de nouvelles érotiques qui s’intitulait à l’époque Désirs si chair, la première chose qui nous a frappés, et intéressés, c’est l’imagination sans limites dont cet auteur faisait preuve. L’aventure HQN débutait à peine, et en lisant les manuscrits qui nous étaient envoyés, nous cherchions non seulement des textes que nous aurions envie de publier, mais nous avions aussi l’espoir de repérer des voix, des auteurs avec lesquels nous pourrions travailler sur la durée, et dont nous serions fiers d’inscrire régulièrement les textes à notre catalogue. En voyant passer le premier manuscrit de Gilles, nous avons su qu’il serait de ceux-là.

Désirs si chair était constitué de 15 nouvelles, qui se proposaient de passer en revue,  chronologiquement, les pratiques érotiques de l’Antiquité à nos jours. Certes, il s’agissait de nouvelles érotiques, mais pour en avoir lu un grand nombre, nous savions que ce qui leur manque le plus souvent, c’est une bonne histoire. Un scénario – et pas seulement une succession de scènes à faire. Ce fut précisément cela que nous avons repéré dès la première lecture dans les textes de Gilles Milo-Vacéri : un monde infini et des histoires à raconter. Et Désirs si chair en promettait de fameuses : un prisonnier perse soumis à un maître grec découvre la sexualité dans les bras d’une servante ; l’éducation sexuelle d’un capitaine de l’Empire par une prostituée ; lors d’une soirée, deux couples parlent d’échangisme et passent à l’acte…  Tout un programme ! Si intense qu’il aurait pu facilement devenir répétitif. Or il n’en était rien : chacune de ses nouvelles nous entraînait dans un univers extrêmement romanesque et singulier, qu’il s’agisse de nouvelles historiques comme A la maison close, ou de nouvelles très contemporaines comme La double surprise.

Autant dire que nous étions certains de tenir avec Gilles à la fois des textes et une voix singulière ! Sur la feuille de commentaires qui accompagnait le manuscrit, l’un de nous avait écrit : L’auteur sait raconter une histoire. Voir ce qu’il a écrit d’autre. Nous n’imaginions pas à quel point la suite allait nous donner raison ! Car dès que nous avons contacté Gilles, pour lui proposer de publier ses nouvelles érotiques, il nous a indiqué qu’il aurait d’autres manuscrits à nous proposer, et pas seulement dans le genre érotique. Si nous n’avions pas été sensibles à son talent de conteur, nous aurions sans doute pensé qu’il était impossible d’écrire dans plusieurs genres, ou plutôt, d’écrire bien dans plusieurs genres. Et nous aurions peut-être cherché à le cantonner au registre érotique. Mais ce que nous avions déjà lu de lui nous donnait envie de lui faire confiance... et nous avons eu raison !

C’est ainsi que sont nés les cinq romans et nouvelles que nous avons le plaisir de vous faire découvrir aujourd’hui. Avec Samru, Justice sera rendue, L’honneur perdu, Le miracle de l’ange sans visage et Je t’attendrai, Gilles nous invite à embarquer pour un voyage romanesque hors du commun, et à nous laisser porter par sa voix si singulière, des rives du suspense jusqu’à celles du roman historique. Un voyage qui, nous en sommes certains, touchera toutes celles et ceux qui, comme nous, aiment qu’on leur raconte de belles histoires…


■ ■ ■ 

21 février 2014 – Portrait chinois 


Qui se cache derrière le nom de Gilles Milo-Vacéri ? 

Si Gilles Milo-Vacéri est à l’aise dans tous les genres, c’est peut-être parce qu’avant de se consacrer entièrement à l’écriture, il a vécu mille vies. Petit tour d’horizon en forme de portrait chinois… 

Mon occupation préférée ? 
Hormis l’écriture, dans mon autre vie, c’était incontestablement les voyages. Attention, certainement pas avec le Club Med, mais bien l’aventure vers des contrées lointaines et sauvages. Découvrir d’autres horizons et rencontrer d’autres cultures, même au prix du danger. 

Quel serait mon plus grand malheur ? 
En dehors de ce qui pourrait toucher négativement les miens, et surtout mes filles, ce serait devoir un jour me retourner et, en jugeant objectivement le chemin parcouru, constater que j’ai des regrets sans pouvoir y remédier d’une quelconque manière. 

Le pays où je désirerais vivre ? 
Eh bien, en France, car on y vit très bien, surtout quand on a quelques années de comparaison avec l’étranger. De préférence, dans le Sud-Est, proche de la Méditerranée, loin des regards et si possible derrière un grand mur d’enceinte avec un pont-levis réservé aux vrais amis. 

Le paysage que je préfère ? 
La mer et le désert. La première car j’en ai vraiment besoin pour vivre, le second, car il m’a appris l’humilité et la valeur de l’humain. 

Mon auteur favori ? 
Aïe ! Comme c’est réducteur... Des dizaines de noms me viennent à l’esprit. Comment trancher entre Victor Hugo, Jack London, Jules Verne ou encore Coben et Levy ? Alors, s’il n’en faut qu’un, ce sera Saint-Exupéry, parce qu’il a signé les plus jolis contes modernes, en plus du Petit Prince. Comment ne pas aimer un homme qui a écrit : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. » 

Mon film favori ? 
La ligne verte, Forrest Gump, La liste de Schindler, Gladiator, Million dollar baby, Le pianiste, Rain man, Les temps modernes... Je suis incapable de trancher ! Tous ces films ont en commun d’évoquer la liberté et l’humain, sous tous leurs aspects, et m’ont touché d’une façon ou d’une autre, voire profondément ému, certains aux larmes. 

Ce que je déteste par-dessus tout ? 
La liste est longue mais je résumerai en mettant dans un même sac,les menteurs, les lâches, les hypocrites, les intolérants et j’y ajouterai les homophobes, les xénophobes avec tous les intégristes et extrémistes de tous poils comme de tous bords, sans oublier tout ce qui attente à ma liberté, dans son sens le plus large. 

Personnages historiques que j’admire le plus ? 
Nelson Mandela, Martin Luther King, John F. Kennedy, Léonard de Vinci, Christophe Colomb, Gandhi, Jean Moulin, Léon Blum, Surcouf, Marco Polo, Anne Frank, Wolfgang Amadeus Mozart, Victor Schœlcher, Gustave Eiffel, Salvador Dali, Louis Pasteur, Lawrence d’Arabie, Albert Einstein... Et tant d’autres qui ont fait de l’humanité ce qu’elle est aujourd’hui !

Alors pour retenir un seul nom qui m’a toujours inspiré respect et admiration, ce sera Madame Simone Veil ou l’incarnation vivante du courage, des plus grandes valeurs et de l’humanité dans ce qu’elle a de plus vrai. 

Ma devise ? 
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. 

Ma citation préférée ? 
« On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. »

(Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour, 1834)


■ ■ ■ 

24 février 2014 – L’interview 


L'interview de Gilles Milo-Vacéri

Même si Gilles Milo-Vacéri préfère inventer des histoires et mettre en scène des mondes plutôt que parler de lui, nous avons réussi à lui en faire dire un peu plus sur ses secrets d’écriture… Interview. 

Vous faites partie des tous premiers auteurs publiés par HQN. Votre nouvelle, A la maison close, fait même partie des textes du lancement. Comment avez-vous eu l’idée d’adresser vos manuscrits à HQN ? 
Dans le parcours d’un auteur en devenir, il faut parfois un peu d’audace et de chance. À l’époque, je cherchais des éditeurs sérieux pour présenter ma production qui ne se cantonnait pas à l’érotisme. Je débutais et j’apprenais, au fur et à mesure, à déjouer les pratiques douteuses de certaines maisons d’édition. J’en étais arrivé proposer mes textes auprès des grands noms et après une longue hésitation, j’ai envoyé mes projets chez Harlequin. Grand bien m’en a pris !
Pour résumer, cela faisait partie d’une stratégie personnelle doublé d’un joli sourire du destin d’arriver quand le projet HQN prenait forme chez Harlequin. Certes, j’ai eu de la chance, mais je peux tout de même dire que je l’ai un peu provoquée ! Je me souviens même avoir envoyé un premier email en demandant poliment si les auteurs français, hommes de surcroît, avaient une chance d’être lus ou non par le comité de lecture. Je souris aujourd’hui en relisant ces messages qui marquaient les premiers pas, hésitants et candides, de ce qui allait devenir une si belle aventure. 

Quelle a été votre première réaction, quand HQN vous a contacté pour publier vos manuscrits ? 
Eh bien, après avoir sauté par la fenêtre, piqué un sprint autour du village en criant à tue-tête, j’ai été victime d’un malaise et décroché trois mois de convalescence... Une autre question ?
Plaisanterie mise à part, j’étais l’auteur le plus heureux du monde ! Participer à une telle aventure allait être bénéfique pour moi, j’en étais convaincu, et pas seulement dans l’aspect de la notoriété. Je savais pertinemment que j’avais encore beaucoup de choses à apprendre. Être auteur ne se limite pas à un don d’écriture, plus ou moins important. La puissance de travail ne me faisait pas défaut mais j’avais encore beaucoup de chose à apprendre en matière d’écriture. Quand mon éditrice m’a proposé de me guider dans ce difficile apprentissage, j’ai accepté très vite de revoir mes nombreuses copies et de suivre ses conseils. 

Vous écrivez beaucoup de romans ou de nouvelles historiques. D’où vous vient ce goût pour l’histoire ? 
Après une filière littéraire au lycée, c’était difficile de ne pas s’y intéresser. Ensuite, je pense que les récits que j’ai pu lire lors de l’adolescence ont certainement déteint sur mon esprit bouillonnant et aventureux. Quand on lit Le Comte de Montecristo, L’île mystérieuse ou Pilote de guerre, on baigne dans des atmosphères délicieusement surannées avec un charme romantique incomparable.
Petit, je rêvais une vie à la Philéas Fogg ou à la Christophe Colomb. Devenu adulte, je m’en suis donné les moyens, même si cela peut paraître extraordinaire, et j’ai concrétisé bon nombre de mes rêves de jeunesse. Les aventures, les voyages, les découvertes vont avec l’histoire et je m’y sens bien, véritablement plongé dans mon élément.
L’histoire représente les fondations de notre époque contemporaine et je m’y sens peut-être plus à l’aise sans toutefois être passéiste. Pour finir, j’ai envie de prendre mes lecteurs par la main et les faire rêver... Le Titanic, l’Orient-Express, les terres lointaines, l’époque des rois, l’Empire ou encore les années folles... ne sont-ils pas fabuleux et propices à faire voyager l’imaginaire de chacun ? Je laisse à d’autres le soin d’écrire des drames de la vie quotidienne et contemporaine. Personnellement, j’en assez vécu de réels pour ne pas avoir envie d’en inventer d’autres. Je désire faire rêver... tel est mon leitmotiv. 

De Libres échanges à Samru, il y a un monde ! Comment choisissez-vous vos sujets ? Et comment choisissez-vous d’écrire dans un genre plutôt que dans un autre ? 
Il ne se passe pas une seule journée sans qu’un nouveau projet jaillisse subitement dans mon cerveau, à tel point que ma directrice éditoriale est obligée de me tempérer ! Les sujets me viennent ainsi, sans que je les ai vraiment cherchés, sans avoir réfléchi à la question. Bien sûr, à la base, il y a toujours l’expérience personnelle, le vécu, et comme je le disais plus haut, j’ai la chance d’avoir eu une vie assez bien remplie pour y piocher quelques beaux sujets de récits ou de fictions.  Cela me vient spontanément, et après un travail préparatoire, je me mets à écrire.
Je ne décide pas d’un sujet, en revanche il m’arrive de décider par avance d’un format. Ainsi, après l’écriture d’un roman, je reviens volontiers aux nouvelles, pour me détendre l’esprit. Attention ! Cela ne veut pas dire que j’accorde moins de sérieux à l’écriture d’une nouvelle, loin s’en faut.
Pour revenir au choix, je sais que la Science-Fiction ou l’horreur ne me sont guère des genres accessibles, je peux même affirmer que, n’appréciant pas ces genres personnellement, je ferai un piètre auteur et de mauvais récits.
A contrario, l’érotisme, l’histoire, le polar ou le fantastique sont mes domaines de prédilection et dans l’ordinateur, une petite centaine de synopsis attendent sagement d’être écrits... 

Vous tenez un blog - www.milovaceri.com - où vous parlez de vos textes, mais où vous partagez aussi avec vos lecteurs beaucoup d’informations sur votre quotidien d’écrivain. Sur votre manière de travailler, vos relations avec vos éditeurs…  Vous y donnez du métier d’écrivain une image très éloignée du mythe de l’auteur attendant l’inspiration à sa table de travail ! A vous lire, on comprend qu’écrire est certes un talent, mais repose d’abord sur du travail, du travail, et encore du travail - et un travail difficile, prenant, parfois ingrat. Si bien qu’on a envie de vous poser la question : qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir écrivain ? 
Oui, le travail est ingrat et surtout solitaire. Il faut, le plus souvent, une sacrée dose de discipline et une farouche volonté. Habitant en Provence, j’ai parfois l’envie d’aller me promener sous notre beau soleil et pourtant je m’impose de travailler, encore et toujours. Pour vous donner une idée, mes journées comptent entre douze et quinze heures de présence devant le clavier, sans week-end ni vacances, et ce, depuis maintenant trois ans.
Pour autant, je n’ai jamais regretté mon choix. J’écris depuis l’enfance, et  j’ai toujours rêvé de faire ce métier. Après, les impératifs de la vie, les contraintes financières et les normes de notre société m’ont d’abord poussé vers une carrière de salarié classique. Puis, le jour où, en raison d’un drame personnel, toutes ces obligations, tant professionnelles que privées, ont disparu, je me suis retrouvé seul, sans rien et aucune vision d’avenir. J’ai alors pensé que le moment était venu de me lancer après avoir fait table rase des vestiges d’une vie qui m’avait si bien taillé en pièces. Il me fallait changer de vie et prendre ce pari risqué.
De cette époque douloureuse, je n’ai conservé que deux rêves qui m’ont porté et me servent, aujourd’hui encore, de but ultime pour ne pas dire de Saint Graal.
Le premier était de parvenir à percer dans l’écriture.
Le second restera un secret, un pacte fait avec moi-même et il conclura à merveille cette interview par son mystère que je ne révélerai pas.
Je reste un aventurier des mots et un explorateur de rêves... surtout des plus secrets !


■ ■ ■ 

25 février 2014 – Une nouvelle gratuite 


Pour finir en beauté cette semaine spéciale consacrée à Gilles Milo-Vacéri, à l’occasion de la sortie de ses cinq nouveaux romans et nouvelles, nous avons le plaisir de vous offrir une nouvelle que Gilles a gentiment accepté d’écrire spécialement pour vous… 

IL N’Y AURA PAS D’APRÈS... 

— Bonjour Aurélien ! Tu vas bien ?
Aurélien Saint-Brieuc savait qu’il n’aurait pas dû décrocher. C’était son éditrice et même s’il l’adorait, il connaissait parfaitement les raisons de son appel.
— Toujours bien. Et toi ?
Il aurait pu parier sur la question suivante et affichait déjà un demi-sourire.
— Dis-moi, j’appelle pour ton dernier roman, j’attends toujours le premier jet que tu m’avais promis il y a quinze jours déjà.
— Je sais bien, Séléna. Désolé, il ne me reste qu’un chapitre à écrire et je te l’envoie. C’est promis.
— Tu n’oublies pas qu’on le sort pour le salon et c’est dans trois mois. Tu es notre auteur vedette cette année, alors ne me fais pas faux-bond. Je compte sur toi...
Le reste de la discussion se dilua dans ses pensées. Ils échangèrent encore quelques banalités et Séléna Breuil coupa la communication. Lui resta avec son portable en main, encore un long moment. À l’évidence, son éditrice n’était même pas inquiète – depuis dix ans qu’ils travaillaient ensemble, elle lui vouait une confiance illimitée.
Elle n’aurait peut-être pas dû.
Il n’avait jamais connu le syndrome de la page blanche, et ce n’était pas non plus un manque d’inspiration qui lui manquait pour achever ce onzième roman. Mais il ne pouvait absolument pas lui expliquer le malaise qui le submergeait…
Devant lui, sur l’écran de l’ordinateur, le chapitre vingt-cinq était ouvert et désespérément vierge. Aucun mot n’était venu se coucher sur les feuilles parce qu’en réalité, il était incapable de finir ce projet et d’écrire le mot fin. Il s’y refusait.
Aurélien se leva, ramassa son paquet de cigarettes et jeta le téléphone sur le bureau. Il avait besoin de faire quelque chose, de marcher. Pour fuir ? Peut-être, même s’il ne se l’avouait pas.
Dehors, il neigeait. Rien d’anormal en ce début janvier et cet hiver qui n’en finissait pas. Pourtant il ne supportait pas le froid, le blanc immaculé, le vide désespérant qui le renvoyait à sa propre vie et son désert intime.
Avec un frisson, il remonta son col et entama sa promenade solitaire. Mais en réalité, ce n’était pas dans la neige qu’il marchait, mais bel et bien dans sa galerie de souvenirs, dans cette citadelle secrète dont lui seul avait la clé. Dans ces moments-là, il aurait pu arriver n’importe quoi, Aurélien n’en aurait jamais rien su. Il était là sans l’être, présent aux yeux du monde, absent dans son regard, l’âme en perdition avec sa mémoire qui saignait de toutes parts.
La neige lui glaçait les pieds et il cheminait lentement, les yeux à quelques pas devant lui.En dix années d’écriture, il était devenu un auteur à succès, sans trop savoir comment ni pourquoi d’ailleurs. Il s’en était donné les moyens, avait travaillé dur en compagnie de Séléna, et il était devenu l’un des rares auteurs à bien gagner sa vie. Il avait écrit dix romans, dix belles histoires d’amour qui finissaient bien, toutes teintées d’aventures, de voyages, d’un zeste d’érotisme et tous étaient des best-sellers.
Alors qu’est-ce qui lui avait pris de vouloir écrire sa déchirure, de raconter son histoire qui l’avait propulsé dans cet enfer quotidien ? Quelle idiotie ! Il avait pensé que dix ans après l’avoir perdue, il pouvait en parler et raconter sans problème ce qui avait été sa seule et véritable histoire d’amour. Il fallait se rendre à l’évidence, il était en train d’échouer.
— Quel con ! bougonna-t-il, en donnant un coup de pied dans un caillou.
Elle s’appelait Eva Nelson. Eva et Aurélien... La plus belle histoire du monde qui s’achevait dans un drame sordide alors qu’il ne voulait écrire que de belles histoires avec de jolies fins.
Quand son esprit trouvait la force de balbutier son nom, c’était son cœur qui faisait une pause. Dix ans après, elle était toujours là, au chaud, à l’abri de la citadelle qu’il avait érigée pour la protéger, elle, son souvenir et les ruines de leur amour, où il déambulait comme un damné.
Aurélien avait écrit les vingt-quatre premiers chapitres en pleurant. Il en avait saigné chaque mot, hurlé chaque phrase. C’était leur histoire qu’il avait fait renaître et Eva s’était évadée de la citadelle pour devenir l’héroïne de son onzième roman. La femme de sa vie, après avoir été un fantôme qui hantait ses nuits blanches, était devenue un personnage né de sa propre plume, sur des pages blanches.
Blanc comme la neige et aussi froide que sa vie sans elle.
Aurélien avait rencontré Eva à Saint-Brieuc, en Bretagne et ils avaient vécu une histoire d’amour intense, complètement folle. C’était d’ailleurs ainsi qu’il avait choisi son pseudonyme d’auteur, pour ne jamais oublier. De toute façon, comment l’aurait-il pu ?
Il avait tout plaqué pour la rejoindre et ça avait été intense pendant une année. Puis ça avait été le drame. Elle l’avait quitté. Un appel au secours de son premier amour qui était revenu investir sa vie alors qu’Aurélien pensait qu’elle était sienne. Elle lui avait tendu la main, l’autre en avait profité et lui avait dû lâcher la sienne. Il ne lui en avait même pas voulu, comprenant que c’était ainsi, que c’était écrit et que le destin avait voulu se jouer de lui, une fois de plus. Une fois de trop.
Eva, sa brune aux yeux verts, celle qui lui avait fait croire en l’amour était partie et Aurélien avait sombré, corps et bien, dans un naufrage sans retour. Bien avant qu’elle ne le quitte, d’ailleurs, il le lui avait prédit, un soir, alors qu’ils dînaient en amoureux :
— Eva, j’ignore ce que nous réserve l’avenir mais je suis certain d’une seule chose. Quand je pense à nous, je sais déjà qu’il n’y aura jamais d’après...
Il n’avait jamais été aussi sincère que ce soir-là. Et depuis dix ans, il avait tenu parole. Même en multipliant les essais, il n’avait plus laissé entrer de femmes dans son cœur et encore moins dans sa vie. Il avait appartenu à Eva et, en partant, elle avait emmené avec elle ce qu’il y avait de plus beau en lui. Et elle ne le savait même pas !
Non, il n’y avait pas eu d’après...

***

La neige retombait maintenant à gros flocons, et Aurélien rebroussa chemin. Les sons étaient assourdis et seul le crissement de ses pas troublait ses réflexions.
Il n’avait que trop tardé.
Il allait terminer ce roman. Pour lui, pour passer à autre chose. Et aussi pour ne pas décevoir son éditrice, et surtout ses lectrices qui attendaient impatiemment son prochain succès. Quelle troublante affirmation ! Du pire échec de sa vie, il allait faire un succès.
Que le destin était cruel avec lui !
De retour chez lui, il ne lui fallut que quelques heures pour achever ce roman qu’il haïssait déjà. Quand ses doigts tapèrent rageusement le mot FIN, il sentit une profonde détresse l’envahir, et les larmes lui monter aux yeux. FIN... Le mot ignoble, comme dix ans auparavant. En trois lettres, on enfonçait le poignard jusqu’à la garde dans la cicatrice qui ne s’était jamais vraiment refermée.
Pour enfoncer le dernier clou, il intitula simplement son dernier roman, Il n’y aura pas d’après. Ainsi, la boucle était bouclée et nul ne saurait jamais que c’était son histoire qui était réduite à quelques centaines de pages.
Évidemment, cela finissait mal. Mais comment aurait-il pu faire autrement ? Il n’avait pas envie de mentir ou d’inventer une issue qui aurait pu donner le sourire à ses lectrices. Non, le mot FIN venait de prendre toute sa terrible mesure avec ce récit déchirant.
La mort dans l’âme, il envoya le projet à Séléna. 

Trois semaines plus tard...

— Bonjour Aurélien.
— Alors, Séléna, tu as aimé ?
Un long silence à l’autre bout du fil.
— Écoute, c’est la première fois que je pleure comme ça en lisant un manuscrit. Ton roman, c’est terrible... Il est d’une réalité odieuse et il fait mal, tellement mal...
— Tu ne vas pas le publier alors ? demanda-t-il, avec un peu d’espoir.
— Tu plaisantes ? Ça va faire un carton ! J’ai déjà vu avec ma direction. On le sort simultanément en papier et en numérique, un mois avant le salon. Je suis prête à parier que ce sera ta plus grosse vente.
Ce qui aurait dû faire sourire n’importe quel autre auteur lui déchira le cœur et le mit en pièces. Il venait de jeter Eva en pâture au public, il l’avait trahie et la citadelle était maintenant corrompue. Aurélien se sentait sale, fautif et dans la peau d’un traître.
— Eh bien ! Cache ta joie, Aurélien !
Il bredouilla une fausse excuse et coupa la communication.
Prostré, refoulant avec peine des sanglots, Aurélien contemplait le visage d’Eva sur l’écran de son ordinateur.
Elle lui souriait. Et lui pleurait en silence. 

Trois mois plus tard, Salon du livre de Paris...

Évidemment, Il n’y aura pas d’après avait été un grand succès en librairie et la version numérique avait explosé tous les compteurs des principales plates-formes de téléchargement. Quand Séléna lui avait révélé qu’ils allaient le traduire en plusieurs langues, Aurélien en avait été malade.
Retenant un soupir, il s’installa à la petite table, un stylo à la main, et considéra la longue file d’attente. Elles étaient nombreuses à tenir un exemplaire de son livre entre les mains. Les journalistes étaient là, eux aussi. Son calvaire allait pouvoir commencer.
Toute la journée, il donna le change et sourit, sans jamais bien regarder en face la personne qui s’asseyait devant lui. Pendant des heures, il enchaîna des centaines de signatures, s’octroyant à peine une courte pause pour un café. C’était sa condamnation, son chemin de croix et il devait boire le calice jusqu’à la lie. A 21 heures, les dernières dédicaces achevées, le salon ferma enfin ses portes, et, enfin seul, il s’effondra, submergé par une violente émotion. Le visage caché derrière ses mains, les épaules portant toute la misère du monde, il se mit à pleurer comme un enfant, abattu et broyé par le chagrin.
Tandis qu’il pleurait, une femme s’assit devant lui, mais il ne s’en aperçut pas. Elle poussa son exemplaire doucement vers lui et l’ouvrit à la première page.
— Je vous l’offre, dit-elle.
Il regarda enfin le livre ouvert sous ses yeux. Il y avait une dédicace et il dut s’y prendre à plusieurs fois pour pouvoir la lire à travers le brouillard des larmes.

« Je ne savais pas que l’on pouvait aimer à ce point. Je ne savais pas que dix ans après, tu m’attendais encore. Je ne savais pas que tu étais l’homme de ma vie. Pardonne-moi, si tu le peux... »

Et c’était signé Eva.
Il leva les yeux lentement, croyant à une hallucination. Eva était assise devant lui. Il ne pouvait articuler le moindre mot, terrassé par une émotion encore plus violente. Elle tendit la main vers lui et il l’attrapa, la saisissant doucement, comme si elle risquait de disparaître.
Cette fois, plus rien ne l’obligerait à lâcher sa main.

Après tout, peut-être que dans la vie, il y avait finalement un après...