vendredi 25 octobre 2013

En parlant d'argent, que gagne vraiment un auteur ?



La grande question qui intéressera tous les apprentis auteurs et fera sourire les anciens ! Pour commencer, décortiquons la chaîne du livre. Entre vous, lecteur, et moi, auteur, un certain nombre d’intervenants gère une partie bien distincte de la genèse d’un livre.

L’auteur écrit un texte.
L’éditeur reçoit les manuscrits et fait le choix de les éditer ou non.
L’imprimeur gère toute la fabrication du livre.
Le diffuseur démarche les librairies, les plates-formes institutionnelles.
Le distributeur assume les tâches logistiques et physiques du livre comme la livraison.
Le libraire, enfin, vend les livres qu’il conseille au lecteur.


On peut retenir que, bien souvent, l’éditeur et l’imprimeur sont une seule et même entité comme diffuseur et distributeur se réunissent sous une même enseigne.

Intéressons-nous de plus près à l’auteur. Généralement, les rétributions des auteurs sont très clairement établies et demeurent identiques d’une maison d’édition à l’autre.
Droits d’auteur livre papier : 8%
Droits d’auteur livre numérique : 15%
C’est une réalité et c’est totalement faux en même temps ! Disons que ces deux chiffres sont la moyenne constatée pour les auteurs qui ne sont pas en mesure de négocier et quand bien même, ne pensez pas que les ténors de l’écriture gagnent beaucoup plus. En France, environ deux mille personnes vivent de leur plume et pas obligatoirement comme des nababs ! Les droits d’auteur peuvent aussi être progressifs en fonction du nombre d’exemplaires vendus ou versés par mensualités à l’auteur sous forme d’avances. C’est une partie négociable du contrat à compte d’éditeur. Encore faut-il avoir les moyens ou plutôt, un nom connu pour espérer pouvoir négocier !

Vous avez compris que pour gagner sa vie, un auteur doit écrire un bon livre et qu’il soit non seulement bien diffusé mais surtout bien vendu. Un exemple ?
Prenons le cas d’un livre vendu 20 € en librairie. La TVA représente 1,10 € et le prix Hors Taxes est de 18,90 €. C’est sur ce dernier que vous toucherez vos droits. Avec 8%, en moyenne, votre rétribution sur ce livre est donc de 1,51 €. Ajoutez à cela les ventes pour un débutant qui ne dépassent que très rarement les trois à cinq cents exemplaires. Nous sommes loin des rêves de gloire et de richesse !

De même, ne croyez pas que lorsqu’un livre se vend en librairie, l’auteur touche directement ses droits par un mécanisme quelconque. Chaque maison d’édition procède à un arrêt des comptes, une fois par an et il n’est pas rare qu’un auteur perçoive ses droits un an et demi à deux ans après la publication de l’ouvrage.

En parlant de droits d’auteur, il faut savoir qu’il existe deux mécanismes, largement utilisés.

L’avance de droits. Un auteur, généralement connu, peut demander une avance de droits à son éditeur. C’est possible et cela existe. Elle sera défalquée à l’arrêt des comptes.

L’à-valoir. C’est ce que verse l’éditeur avant la publication d’un ouvrage. Celui-ci est négociable et jamais remboursable, même en cas de nullité des ventes. Cela s’établit de quelques dizaines d’euros pour les sans-grade à deux ou trois dizaines de milliers d’euros pour les grands, voire des centaines de milliers pour quelques rares pointures. C’est aussi un des mécanismes reconnus, utilisé avec une grande discrétion, lorsqu’une maison d’édition souhaite débaucher un auteur (nécessairement connu) pour l’attirer dans son écurie. De même, si certaines maisons d’édition l’utilisent, d’autres y sont résolument réfractaires.

Vous en savez un peu plus sur les droits d’auteur et les mécanismes financiers de l’édition. C’est parfois bien de recentrer les débats et de ne pas hésiter à parler d’argent. Si vous voulez gagner votre vie en écrivant, il faut souscrire à des règles basiques avant même d’envisager le simple fait d’en vivre !

Travailler tout le temps pour devenir un véritable professionnel.
Être un professionnel, c’est simplement être reconnu comme un auteur sérieux.
Il faut au moins trois à quatre années de travail assidu pour se faire un nom.
Pour la même période, oubliez les vacances, les week-ends et les nuits de huit heures.
Progresser et mille fois sur le métier remettre l’ouvrage.
Avoir l’inspiration suffisante pour toujours fournir des textes acceptables.
Être un monstre de patience à la volonté inébranlable.
Rester humble et surtout lucide.
Avoir de bons éditeurs.

En plus de ces quelques principes, si je devais donner ma vision de l’auteur qui gagne sa vie en écrivant, ce serait celle-ci.
Écoutant les conseils de ceux qui savent et ignorant toutes les critiques, l’auteur est capable de fournir dix textes de qualité en un an, avec la régularité d’un métronome, pendant qu’un autre écrit un seul best-seller en dix années de production littéraire. Si vous avez des histoires à raconter, que vous le faites bien et régulièrement, vous avez toutes vos chances d'intéresser un bon éditeur.

Alors toujours tenté par l’aventure ? J’espère que oui et que ce long billet vous aura apporté un peu plus d’éclaircissements sur notre dur métier et son aspect financier, trop souvent tabou.


Excellente journée,
Amitiés littéraires.

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