dimanche 20 octobre 2013

Amazon est-il vraiment un problème ou une alternative ?



Tout dépend où l’on se situe... L’éditeur, l’auteur, le libraire, le client, le politique, etc. aura sa propre opinion et analysera la question avec une vision toute personnelle. C’est logique... et absurde en même temps. Il y a des faits que l’on ne peut plus ignorer.

Les libraires, les vrais, les purs et durs, les passionnés !
Tout d’abord, prenons en considération quelques chiffres. J’entends par librairie, le vrai libraire qui tient un magasin et qui vend des œuvres littéraires, en toute indépendance. C’est, par définition, un homme ou une femme de l’art, passionné, capable de conseiller comme de déconseiller et devant être lui-même un lecteur assidu avant d’être commerçant.
Ce qui élimine, vous en conviendrez, bon nombre d’autres points de vente. Sans méchanceté aucune, le chef de rayon de la grande surface du coin, ne peut être considéré comme un véritable libraire de même que certaines librairies géantes, ne faisant que de l’abattage de best-seller au détriment du conseil de lecture.

Environ 2.500 libraires indépendants en France.
45% des 1.281 communes de l’Île-de-France possèdent au moins une librairie.
1.200 librairies en Île-de-France pour 12 millions d’habitants, soit un libraire pour 10.000 personnes.
Il reste 1.300 libraires pour les 35.497 autres communes et les 53,7 millions d’habitants restants, soit un libraire pour 41.300 personnes.
Par conséquent les 4/5e de notre population accèdent quatre fois moins facilement à une librairie. Oui, 80% des français sont éloignés de ces points de vente pourtant indispensables...

Pour avoir vécu dans différentes régions de l’hexagone, je suis en mesure d’affirmer qu’acheter un livre à Paris ne ressemble en rien au même achat effectué partout ailleurs en province. En plus de la carte bleue, il faut avoir une voiture, les moyens de mettre du carburant et beaucoup de temps devant soi. Ne riez pas, faire cinquante kilomètres pour trouver un vrai libraire n’est pas aussi rare que vous le pensez. Et en ces temps de crise, l’on prend très vite la mesure du moindre déplacement même si, quand on aime, on est supposé ne pas compter.

Premier aspect de ce problème, pour plus de cinquante millions de nos compatriotes, Amazon et toutes les plates-formes d’achat sur internet sont une bonne et judicieuse alternative. On ne peut plus nier ou passer sous silence la désertification culturelle de nos campagnes. Et notre système de diffusion est pourtant et sans ironie aucune, le premier en Europe !

L’émergence du numérique sur le marché littéraire français.
Si l’on ajoute l’émergence du numérique, on découvre une autre faille du système.
200 libraires sur les 2.500, vendent simultanément en papier et en numérique.

Ces deux cents professionnels ne sont pas des apostats à la religion du tout papier ou des traîtres ! Ils ont simplement senti le vent tourner depuis longtemps et sont capables de répondre aux demandes numériques, de plus en plus fréquentes, de leur clientèle. Il paraît que le mouvement s’accélère et c’est tant mieux pour tout le monde ! Auteurs, éditeurs et libraires en sortiront tous gagnants. Quant au client, c’est tout simplement royal et une alternative au tout Amazon ou à l’achat généralisé sur internet ! Cela ne mérite-t-il pas une réflexion ?

La part d’Amazon dans la diffusion des nouveaux auteurs.
Mais quid des petits auteurs comme je le suis ? Publié à compte d’éditeur, sous format papier ou numérique, je n’ai que bien peu de chance d’être vendu dans une librairie en Bretagne ou en Corse et c’est tout à fait normal, car je suis inconnu. Il y a donc un problème induit par le manque de notoriété. Je l’ai accepté et je fais tout ce que je peux pour gagner en visibilité.
Et pour cela, je n’ai pas trente-six moyens fiables. Hormis d’être présent sur toutes les plates-formes et les librairies en ligne, comment faire savoir, par exemple, dans un petit village du Nord de la France ce que j’écris ?

Une règle d’or : Ce n’est pas le talent, quel qu’il soit, qui engendre la notoriété d’un auteur et cela n’a jamais induit, ipso facto, une garantie de ventes massives. Écrire bien n’est pas gage de réussite sans l’apport de travail, de patience, de volonté et d’un peu de chance.

Cela dit, je maintiens fermement que rien ni personne ne pourra jamais remplacer un vrai libraire. Il faut simplement un juste équilibre en toutes choses même si l’on retombe sur des notions bassement mercantiles où il n’y a guère de place pour les nouveaux auteurs. Je vous rappelle aussi qu’un auteur qui débute a, pour commencer, bien peu de chance d’être édité à compte d’éditeur et qu’ensuite, neuf fois sur dix, il ne sera publié qu’en numérique.

En fonction de ce qui a été dit supra, l’auteur débutant n’a aucune chance, même s’il est édité papier, de figurer en bonne place chez les libraires de France et de Navarre. Le premier tirage d’un débutant n’excédera jamais les 1.000 exemplaires dans le meilleur des cas. Il sera peu diffusé, car la notoriété est une sanction implacable et, il ne faut pas leur en vouloir, mais les libraires ne peuvent pas deviner votre existence. Sans Amazon et consorts, sans internet, le jeune auteur est condamné à péricliter puis à disparaître.


En conclusion et par conséquent...
Si vous additionnez tous ces problèmes, alors vous comprenez qu’Amazon et tous les autres acteurs du même genre, ne sont rien d’autre qu’une très belle alternative aux implantations culturelles minimalistes de nos provinces ainsi qu’une opportunité incontournable dans la diffusion des nouveaux auteurs. Il y a sans doute une logique dans tout cela et mieux vaut ne pas se voiler la face. Et pour finir, l’Île-de-France n’est pas la représentation exclusive du lectorat français.

Parler des frais de port, des réductions sur les livres ou encore de fiscalité hasardeuse est beaucoup plus un problème politique qu’autre chose.
Si Amazon a autant de succès et si, ces dix dernières années, le nombre de librairies s’équilibre entre les fermetures et les créations (ou les reprises), c’est peut-être que chacun y trouve son compte sans réellement nuire aux autres. Certes, il y a le virage du numérique qui sera plus ou moins difficilement négocié par certains libraires mais si quelques-uns réussissent, pourquoi pas d’autres ?
Amazon n’est pas le plus grand « librairophage » de notre pays, les chiffres en témoignent. Alors à qui profiterait sa disparition ? À chacun sa réponse.

En attendant, rien ni personne ne remplacera mon libraire pour me conseiller sur les achats de livres, ni Amazon pour la diffusion des livres que j’écris et qui sont vendus partout en France comme dans d’autres pays.

Mesdames et Messieurs les grincheux, cessez donc de cracher dans la soupe. Celle-ci se fait rare et vous tombez dans un piège politique qui dépasse le cadre de la littérature. N’oubliez pas cette petite maxime fort à propos...

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage !

Bon week-end,
Amitiés littéraires.

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